Quantcast

La Mutuelle Familiale de l'Ile de France

En 2015, le cancer du poumon

13 février 2013

« Partout dans le monde, c’est pareil : les femmes vivent plus longtemps que les hommes », précisait Nathalie Fourcade, chercheuse à la Dress (Direction de la recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques), hier en introduction d’un séminaire sur la santé des femmes, initié par la Mgen, la Chaire de Santé de Sciences-PO, le planning familial... qui devrait servir de tremplin à un colloque organisé par le ministère de la Santé, le 8 mars prochain, lors de la Journée de la Femme.

Actuellement, l’espérance de vie des Françaises dépassent de 6,4 ans celles des Français. Elles font même office de championnes puisqu’elles ont la longévité la plus élevée d’Europe. Le phénomène n’est pas nouveau : déjà au 17ème siècle, la surmortalité masculine était plus forte. A l’exception du 18ème, où les filles de moins de 20 ans mourraient avant les garçons du même âge (à cause des maternités surtout), le phénomène a perduré au 19ème puis au 20ème même si l’écart entre les deux sexes se réduit (il était de 8 ans au cours du 20ème siècle).

La moitié des ALD sont des femmes 

Mais tout n’est pas rose quand on fait de vieux os car plus on vieillit plus on est malade. Résultat, en France, plus de la moitié des personnes en Affection longue durée (Ald) sont des femmes. Curieusement, alors qu’ils meurent plus tôt, le nombre d’années passé en bonne santé à partir de 65 ans est identique chez les hommes et chez les femmes, soit 5,5 ans. Autre revers de la médaille : les femmes souffrent d’isolement. Et pas uniquement parce que leur conjoint est décédé avant elle. « Après 50 ans, elles vivent plus souvent seules, prévient Nathalie Fourcade. Quand il y a des séparations à cet âge, les hommes se remarient souvent avec des femmes plus jeunes, pas les femmes ».

Curieusement, les femmes ont beau avoir une meilleure espérance de vie, elles n’ont pas forcément une bonne image de leur santé : 71% d’entre-elle se disent en bonne santé contre 77% des hommes. Elles déclarent plus de symptômes (mal au ventre, etc. ) qui ne sont pas associés à un risque vital. « Elles sont plus à l’écoute de leur santé que les hommes pour qui s’écouter est un peu considéré comme un signe de faiblesse », pointe Nathalie Fourcade.

Un des taux d’Ivg les plus élevés d’Europe

Les spécificités féminines ne sont pas non plus toujours simples à gérer. La période de la ménopause, par exemple, peut-être mal vécue et associée à un épisode dépressif. Par ailleurs, si 80% des Françaises utilisent un moyen contraceptif (10% préservatif, 5% implant, 56% pilules et 26% stérilet) et s’il y a moins de grossesses non désirées, le taux d’Ivg reste chez nous un des plus élevés d’Europe : une femme sur deux y a eu recours et deux Ivg sur trois concernent une femme sous contraceptif, la pilule notamment.

De même, alors que la France se situe au second rang de l’Union européenne pour faire des bébés, l’âge moyen à la première grossesse recule (30,1 ans) et un quart des naissances a lieu après 35 ans. Conséquence : les grossesses à risques sont en augmentation et les difficultés pour être enceintes aussi. Le recours à l’assistance médicale à la procréation augmente.

Plus exposées aux risques psychosociaux

La santé des femmes revêt encore des particularismes. Exemple : elles font plus de tentatives de suicide que les hommes mais, eux, réussissent plus souvent leur suicide. Aujourd’hui, elles sont également plus exposées à des troubles psychosociaux au travail que leurs homologues masculins. Entre cause : le déséquilibre entre leur investissement professionnel et leur reconnaissance. Les femmes ont beau travailler, elles occupent majoritairement des postes de subalternes. Et à compétence et qualification égales, elles sont moins rémunérées que les hommes.

Trois ans de vie en moins chez les ouvrières

Comme pour la population générale, la santé des femmes reflète les inégalités sociales. Ainsi, plus elles sont élevées dans la hiérarchie sociale, meilleure est leur santé. Pour preuve : il y a trois ans d’écart entre l’espérance de vie d’une femme cadre et celle d’une ouvrière. A contrario, une ouvrière vit plus longtemps qu’un homme cadre. Inévitablement, le statut social détermine les comportements. Et on sait que le recours à prévention est plus important chez les cadres supérieurs. Les exemples sont nombreux : le taux de prématurés et de bébés de petit poids augmentent chez les femmes en bas de l’échelle sociale, c’est pareil pour l’obésité. Et même si le dépistage organisé du cancer du sein a permis de réduire les écarts, les femmes aisées sont mieux dépistées et mieux prises en charge que les autres...

De plus en plus accro à l’alcool à 50 ans

Les femmes vivent plus longtemps que les hommes mais pour combien de temps encore ? En effet, elles sont de plus en plus nombreuses à boire de l’alcool. Sur trois millions de buveurs excessifs en France, 20 à 30% sont des femmes. Selon le Baromètre santé 2010, 6% des femmes interrogées affirment boire de l’alcool tous les jours. Deux pics sont observés : à 30 ans (après la première maternité) et à la ménopause.

A l’inverse des hommes, la consommation régulière d’alcool et les ivresses fréquentes touchent davantage les femmes diplômées (Bac + 2). Un phénomène qui n’est pas sans risques : « Il y a une inégalité physiologique entre les femmes et les hommes, dit le Dr Catherine Simon, psychiatre addictologue au CHRU de Brest. Chez elles, l’espace vasculaire est plus petit donc, pour une même quantité d’alcool ingéré et un même poids, l’alcoolémie sera plus élevé chez les femmes ».

Chez les femmes, l’excès d’alcool est associé à un sur-risque de cancer du sein et colorectal, d’AVC, et de maladies coronariennes. L’alcool est également contre-indiqué chez les femmes enceintes car il traverse le placenta et altère le fœtus. On estime que les troubles psychomoteurs, les retards staturo pondéral, etc. concernent 5% des naissances.

Quatre fois plus de cancers du poumon

Autre inquiétude pour la santé des femmes : le tabac. « Avec l’uniformisation des comportements, une vague de fumeuses arrivent depuis 30 ans, explique le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue à la Pitié-Salpetrière à Paris. Alors que les hommes fument moins, les femmes fument plus ».

Un retour de balancier qui fait mal car, selon le pneumologue, « une fois qu’on a acquis la dépendance à la nicotine, on ne guérit jamais. Or, on devient d’autant plus dépendant que l’on commence à fumer jeune, vers 12-14 ans ».

En France, 30% des filles de 13 à 15 ans ont déjà touché à la cigarette. On est aussi un des pays d’Europe où les futures mamans fument le plus en début de grossesse : 30,7% en 2010, elles sont encore 16% à fumer en fin de grossesse.

Des chiffres qui ont de quoi inquiéter : chaque année, le cancer du poumon tue 8000 femmes, essentiellement des fumeuses. « Les hommes ont deux fois moins deux cancers du poumon qu’il y a 10 ans et les femmes quatre fois, affirme le Pr Dautzenberg. En 2015, le cancer du poumon tuera plus de femmes que le cancer du sein ».

Sans compter que le tabagisme fait d’autres dégâts chez les femmes, notamment des maladies cardiovasculaires. Selon le pneumologue, « Il y a de plus en plus d’infarctus du myocarde chez les femmes de 45 ans, curieusement ils suivent la courbe de la consommation de tabac ».

Et si les femmes sont plus sensibles en général aux messages de prévention, en revanche, elles ont plus de difficultés à arrêter de fumer que les hommes : peur de prendre du poids, manque de confiance, etc. Et qu’elles ne croient pas qu’en fumant des cigarettes « légères », c’est mieux. « Ça ne change rien. Les « light » ou « ultra-light » font autant de morts que les vieilles Gauloises, déclare le Pr Dautzenberg. C’est juste du marketing pour vendre ».

[07.02.13]   Brigitte Bègue

Retour